Heitor Villa-Lobos (1887-1959)

Quelques mots sur le compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos (1887-1959). Voilà l'exemple incroyable, et à ma connaissance sans doute unique d'un compositeur qui a trouvé son génie et son langage... par opportunisme - ou peu s'en faut !! On ne peut le regretter tant les résultats sont étonnants, et après tout " qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse "!
En effet dans la perspective de faire un grand voyage à Paris, dans les années vingt, Villa-Lobos, remarquable analyste et stratège esthétique, estime qu'il ne peut conquérir la capitale du monde musical d'alors que sur le terrain du modernisme stravinskien, et dans la mise en valeur de ses origines brésiliennes. Il va alors composer quelques partitions mémorables dans un style mêlant une invention rythmique déchaînée avec un certain apport à la musique populaire bien que restant tout à fait stylisée, et alternant avec un certain sentimentalisme " à l'américaine ", anticipant sur les musiques des grands espaces de type hollywoodien bien plus tardif. On trouvera dans cette veine la plupart des Choros et des Bachianas Brasileiras. Effectivement Paris capitulera sans condition devant le " sauvage " brésilien, qui prit soin en outre de s'entourer d'une légende indue d'explorateur de l'Amazone et de héros.
Mais comme toute mode parisienne, le temps de Villa-lobos prit fin avec la Seconde Guerre Mondiale. Tout cela lui permit au moins (but final de la " manœuvre "?) d'être considéré comme le premier au Brésil et de bénéficier d'une carrière officielle " luxueuse ".
Reste une œuvre protéiforme, presque monstrueuse par sa quantité, capable du meilleur comme du pire. Avant même ce fameux virage stylistique mûrement réfléchi, Villa-Lobos a beaucoup écrit, dans un style assez postromantique, mais avec déjà tout de même un penchant pour les étrangetés et un très grand talent. C'est le cas par exemple des sonates pour violon et piano. Mais on y trouve encore des imprécisions et un certain flou dans la construction que Villa-Lobos va peu à peu éradiquer de ses œuvres en grand professionnel, quelles que soient les qualités esthétiques de ses partitions, et cela dès qu'il aura enfin accès à tous les répertoires modernes d'avant la Première Guerre Mondiale.
Une de ses plus grande réussites est sûrement le Choros 11, l'une des œuvres pour piano et orchestre les plus longues de l'histoire, avec le 3ème Concerto de Skalkottas (et en considérant bien sûr Sorabji comme "hors catégorie" dans le domaine de la longueur !). Pourtant, on ne s'ennuie pas une seconde dans cette œuvre épique en trois mouvements enchaînés, et ce n'est pas le moindre de ses tours de force. Toute l'originalité de la partition tient certainement dans le mélange des différents apports stylistiques. Reste l'abandon curieux du piano solo près de dix minutes avant la fin de l'œuvre!... Enfin le bien connu Rudepoêma pour piano de 1926 dédié à Arthur Rubinstein reste bien comme une partition emblématique de son auteur et une parfaite réussite.

Christophe Sirodeau

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